L’amour inconscient

Au-delà du principe de précaution
(paru chez Grasset en 1983)
Séduire l’autre, est-ce vraiment lui dire ce qu’il a envie d’entendre, ou bien faire vaciller les limites de l’écoute et les contours de sa “langue” ?
De quel rite ou quel “sacrifice” les partenaires de la séduction sont-ils les prêtres ou les parties prenantes, sans qu’on sache qui a “commencé” ? Mais peut-être la séduction interroge-t-elle le “commencement” d’un langage, les “premiers” tressaillements du jeu de parler et d’être ensemble. Séduire par les mots ? ou séduire les mots ? Penser, serait-ce séduire les mots jusqu’à inscrire à travers eux une jouissance qui “compte” ? N’y a-t-il pas une séduction de la Loi ? ou pire : du Maître, du Chef violent et violeur ? Et, au-delà, n’y a-t-il pas une séduction de l’Inconscient ?
Pourquoi la psychanalyse, après avoir cru découvrir l’origine des névroses dans une “première” séduction, a-t-elle soudain cessé d’en parler comme si elle en prenait la place ? L’autosuffisance même de la séduction la révèle insuffisante, et induit sa fulgurante traversée qu’est l’amour, plus “subversif” que la séduction, car sans l’éluder il la “dépasse”. Et si l’amour abolissait les paradoxes du narcissisme et des duels d’identité, pour faire passer, entre l’un et l’autre dessaisis d’eux-mêmes, la naissance possible d’un nouveau Dire ?
Ce livre est pris dans la gageure d’arracher ces questions à leurs anciennes racines, et de façon radicalement nouvelle; le risque qu’il prend, de s’avancer à découvert – à la découverte – à même la langue et sans arsenal “théorique”, est un acte d’amour inconscient.