Jouissance du dire

Nouveaux essais sur une transmission d’inconscient
(paru chez Grasset en 1985)

L’un croit jouir de dire, et l’autre d’empêcher que ça se dise; mais il y a surtout le Dire qui jouit de nous, ou qui souffre de nos raideurs, nous ses jouets un peu coincés, parfois lucides malgré ces traces dont il nous marque et qu’on appelle nos symptômes, nos crises-passions…
Aux limites du Dire, s’ouvrent pour nous les traversées d’un autre-Dire : être inspiré (souffle risqué) c’est seulement être saisi par les accents du Dire qui se donnent lieu à travers vous, jusque-là points de souffrance, de mal-à-dire, ou simple fait de s’assourdir… Même la jouissance sexuelle est empreinte de celle du Dire (sinon, qu’est-ce qu’il leur prend, aux amants, de vouloir sortir des corps béats qui ne veulent rien dire, et de parler quand même ?…)
Mais voilà : s’il vous arrive du Dire qui vous déloge, vous défixe, vous excède (déjà en rêve, ou dans les folies du réel, chaque jour, ça revient), du Dire qui vous dessaisit, comment se ressaisir, à la Lettre ? Se soutenir au chaos même pour s’inventer une autre langue ? Prendre appui sur le désordre pour rebondir ?
C’EST à dire. Et c’est ce que tente ce texte, à travers des passages du Livre, cet objet étrange qui au-delà de la Bible est un espacement du Dire, une manière pour lui d’avoir lieu, à travers la horde des scripteurs dont le peuple est lu, débordé par son Dire et producteur d’imprévu; la horde de ceux qui dans l’écart avec eux-mêmes laissent se transmettre le geste de vie.L’un croit jouir de dire, et l’autre d’empêcher que ça se dise; mais il y a surtout le Dire qui jouit de nous, ou qui souffre de nos raideurs, nous ses jouets un peu coincés, parfois lucides malgré ces traces dont il nous marque et qu’on appelle nos symptômes, nos crises-passions…